Vendredi 26 juin 2009

La burqa s'est donc invitée au château. Ce voile intégral, porté par des musulmanes, y a été réprouvé, lundi à Versailles, par le chef de l'État. " (Elle) ne sera pas la bienvenue ", a-t-il dit, sous les applaudissements nourris du Congrès. Plus tôt, des parlementaires, menés par André Gerin (PC), avaient réclamé une commission d'enquête sur ce phénomène et sa possible interdiction. Mais cet accoutrement répulsif, qui enferme la femme, n'est qu'un symptôme. Il révèle, plus gravement, la poussée de l'islamisme en France.

C'est une mission d'information parlementaire qui a été chargée, en définitive, de cerner ce choix vestimentaire encore marginal. Il faut dire que le Conseil français du culte musulman avait fait savoir son opposition à une commission d'enquête, accusée de "stigmatiser l'islam et les musulmans de France " : un argument spécieux, invitant à se taire. Or, la burqa comme le voile sont les signes d'une soumission et d'un rejet des règles de la République laïque (1). Doit-elle se résoudre à être défiée par ses hôtes ?

Quand Nicolas Sarkozy déplore : "Notre modèle d'intégration ne fonctionne plus", il se garde d'en fouiller les causes. Elles mériteraient, pourtant, la "remise à plat" promise quand le président parle de la crise économique, sociale, écologique. Car cette autre crise oubliée, multiculturelle celle-là, est autrement plus déstabilisante. Aristote : "L'absence de communauté nationale est facteur de guerre civile, tant que les citoyens ne partagent pas les mêmes valeurs de civilisation"(2). La France laisse venir l'épreuve, en refusant de se confronter à ceux qui rejettent ses valeurs.

Les nombreux musulmans démocrates ne peuvent se sentir solidaires d'une idéologie qui cherche, à terme, à subvertir la nation. Sarkozy parle d'or quand il dit : " Dans la République, la religion musulmane doit être autant respectée que les autres religions". Pour autant, cela ne doit pas interdire d'enquêter, au-delà de la burqa, sur le fondamentalisme dans les cités. La nation peut se perdre à fermer les yeux sur des processus de néocolonisation enclenchés dans des territoires déjà perdus. Cette évidence, le pouvoir devra bien l'aborder, autrement que par le petit bout de la lorgnette et en craignant de choquer.

Pourquoi faudrait-il craindre de contrarier les islamismes, qui se conduisent de plus en plus, en France, en territoire occupé et qui viennent de montrer leur vrai visage en Iran ? Les ménager encore serait faire reculer l'islam des Lumières, qui peine à consolider sa place. Notre "vieux pays", ainsi nommé par Sarkozy, aurait-il perdu le goût de se défendre ?

 

Ce que dit le peuple d'Iran
La France doit d'autant moins redouter d'interdire la burqa ou le niqab, et même de stigmatiser le voile comme fantasme sexuel imposé par des machistes, que l'islam radical qui inspire ces marques d'asservissement est en train de se faire désavouer par les Iraniens eux-mêmes. Ils ont forcé leur République islamiste, économiquement en ruine, à dévoiler son assise dictatoriale. Neda, belle étudiante tuée par balle, samedi, lors d'une manifestation à Téhéran, est devenue le symbole de cette oppression théocratique qui, au nom de ses interdits, truque les votes et tire sur les foules. Certes, on ne risque pas de voir défiler, à Paris, les islamo-gauchistes qui protestaient hier avec le Hamas contre le sort des Palestiniens. Ces indignés-là ne soutiennent que les tyrannies. Mais, en Iran, c'est un peuple aspirant à la démocratie qui ouvre la voie à une modernité sécularisée. Le régime des mollahs, qui commence à se fracturer de l'intérieur, a entamé sa chute.

L'histoire dira si ce tournant qui s'amorce en Iran aura été inspiré par la "contagion démocratique" qu'avait espérée George W. Bush au Moyen-Orient en libérant l'Irak de son dictateur, ou par la main tendue de Barack H. Obama à l'Islam, lors de son récent discours du Caire. Les deux politiques ont sans doute concouru, par des chemins opposés, à ces effets qu'elles recherchaient. Il a été en tout cas rassurant d'entendre le président des États-Unis sortir de ses pesants silences, dénoncés ici la semaine dernière et qu'approuvait la moutonnière obamania. Mardi, Obama a "condamné fermement les actions violentes ", en rendant hommage au "courage" des manifestants. Refuser de s'ingérer dans les affaires iraniennes, comme s'y astreint l'Occident avec raison, ne peut interdire, par excès de prudence, les élémentaires signes de soutien en direction de ce peuple musulman qui dit vouloir être libre.


Court-termisme
Reste la question : Nicolas Sarkozy désire-t-il vraiment prendre à bras-le-corps les problèmes les plus graves, dont celui de la sauvegarde de la cohésion nationale ? La promotion de femmes de confession musulmane, républicaines et laïques, est restée timide dans le remaniement ministériel. La tentation existe de dissiper les Français par une pipolisation de la politique, illustrée par l'arrivée de Frédéric Mitterrand à la Culture. Quand le chef de l'État assure, lundi, parlant d'économie et de social : " Le modèle français a de nouveau ses chances", alors que le rapport de la Cour des comptes, publié le lendemain, met en alerte sur les déficits colossaux produits, notamment, par l'État-providence, se retrouve cette constante attirance pour le court-termisme, qui a toujours repoussé les décisions les plus drastiques. À quand l'électrochoc ?

 

(1) Lire, à ce propos, Les dessous du voile, aux Editions Riposte laïque.

(2) J'emprunte cette citation à l'interessante étude que David Mascré vient de consacrer au meurtre de Ilan Halimi, Des barbares dans la cité, Editions de l'Infini. Le texte d'Aristote, cité par l'auteur, dit plus longuement ceci:"L'absence de communauté nationale est facteur de guerre civile, tant que les citoyens ne partagent pas les mêmes valeurs de civilisation.Une cité ne se forme pas à partir de gens pris au hasard, et elle a besoin de temps pour se coaguler. C'est pourquoi, parmi ceux qui ont accepté des étrangers pour fonder une cité avec eux, et pour les intégrer à la cité, la plupart ont connu des guerres civiles. Par exemple, les tyrans de Syracuse, en ayant naturalisé les immigrés, ont dû subir des révoltes. Citoyens et étrangers en sont venus à se combattre".

Par voline - Publié dans : Débats
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Dimanche 17 mai 2009

Extrait de L’Arche n°612 (mai 2009) - On peut recevoir un exemplaire gratuit du journal en envoyant son adresse postale à info@arche-mag.com.

ahmedinajab

Le 20 avril 2009, au siège européen des Nations unies à Genève, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad monte à la tribune pour prendre la parole devant les délégués à la Conférence d’examen de Durban (dite Durban 2).

 

Son discours est brièvement interrompu par des étudiants juifs français déguisés en clowns, puis par le départ d’un certain nombre de délégués qui quittent la salle pour protester contre ses propos visant Israël, le sionisme et les Juifs [1].

UEJF-durban2

 

Mais qu’a dit exactement Ahmadinejad? Aussi bizarre que cela puisse paraître, cette question simple en apparence a reçu des réponses contradictoires.

Ainsi, juste avant le départ des délégués européens, quand Ahmadinejad commence à parler des circonstances de la création de l’État d’Israël, on entend distinctement le président iranien prononcer, en langue persane (farsi), le mot «Holocauste». Dans la traduction simultanée qui a été diffusée en France – et dont la vidéo demeure disponible sur internet – l’interprète français dit: «sous prétexte des Juifs qui ont été victimes de l’Holocauste». Dans la traduction simultanée en langue anglaise, l’interprète dit, au même endroit du discours: «under pretext of Jewish sufferings and the am…» («sous le prétexte de souffrances juives et l’am…»), puis il s’interrompt de manière inexplicable et ne reprend le fil de la traduction qu’à la phrase suivante.
Que s’est-il passé, pour que deux interprètes professionnels donnent des versions différentes d’un même texte? Et pourquoi l’interprète anglophone s’est-il interrompu au milieu de sa traduction?

Si on consulte la version anglaise du discours qui a été diffusée ultérieurement sur le site internet de PressTV (une télévision gouvernementale iranienne en langue anglaise, qui est en fait un véhicule de la propagande de Téhéran à destination du monde anglo-saxon), on lit: «under the pretext of Jewish suffering», soit, à un article près, le début de la traduction de l’interprète; mais sans aucun mot qui commence par «am…». En revanche, si on se reporte au texte dans un anglais parfois approximatif qui a été distribué à Genève par la Mission permanente de la République islamique d’Iran auprès des Nations unies, on trouve: «on the pretext of Jewish sufferings and the ambiguous and dubious question of holocaust». (Contrairement à l’usage, le texte iranien ne met pas de majuscule au mot «Holocaust».)
Telle est l’origine du «am…» dans la bouche de l’interprète. Il s’apprêtait à dire «ambiguous», et il s’est arrêté soudain. Dans l’original anglais du discours de Mahmoud Ahmadinejad figure bien, après le «prétexte» des «souffrances juives», «la question ambiguë et douteuse de l’Holocauste». C’est ce texte-là que l’interprète a sous les yeux, de même que les diplomates et les autres participants à la conférence. C’est ce texte-là qui est pour eux le discours d’Ahmadinejad: préparé à l’avance, traduit en anglais et diffusé par les autorités iraniennes, il définit la position de Téhéran.
De fait, lisant son discours à la tribune de Genève, Ahmadinejad a prononcé le mot «holocauste» (on peut supposer qu’il ne pensait pas y mettre une majuscule), bien que la traduction de PressTV ait ensuite biffé le mot. Mais il a évité, à la dernière minute, de prononcer les adjectifs «ambigu et douteux». Si l’«holocauste» était selon Ahmadinejad un «prétexte» à la création de l’État d’Israël, le flou subsiste quant à la réalité de l’événement en question. Ce doute est, si l’on en croit les journalistes présents à Genève, le fruit d’une rencontre de dernière minute entre le président iranien et le secrétaire général des Nations unies, au cours de laquelle Ahmadinejad aurait été convaincu de ne pas aborder trop explicitement cette question qui fâche.

Voici donc, selon la version anglaise de PressTV, ce que Mahmoud Ahmadinejad a dit à Genève. Dénonçant «un certain nombre de pays puissants» qui gèrent les affaires du monde en «se basant sur leurs propres intérêts», il déclare:

«À la suite de la seconde guerre mondiale, elles ont recouru à l’agression militaire pour transformer toute une nation en peuple sans abri sous le prétexte de la souffrance juive et ils ont envoyé des immigrants d’Europe, des États-Unis et d’autres parties du monde pour mettre sur pied un gouvernement totalement raciste en Palestine occupée. Et, pour compenser les terribles conséquences du racisme en Europe, ils ont aidé à amener au pouvoir le régime le plus cruel et le plus répressif en Palestine.»

Nous suivons ici la traduction française publiée le 22 avril par Alain Gresh, directeur adjoint du Monde diplomatique, sur son blog Nouvelles d’Orient. Pour M. Gresh, qui se définit comme «spécialiste du Proche-Orient», le texte de PressTV représente l’«intervention intégrale» du président iranien. Dans une chronique au titre particulièrement violent, «Durban II, délire et désinformation», M. Gresh s’en prend aux journalistes occidentaux qu’il accuse de «déformer [l]es propos» d’Ahmadinejad. Ce dernier a renoncé aux mots «ambigu et douteux», donc tout est bien qui finit bien, et seuls des esprits chagrins ou des experts en «délire et désinformation» y trouveront à redire.

Ne chipotons pas sur le mot «holocauste» (avec ou sans majuscule) qui, figurant dans la version écrite originelle, puis effectivement prononcé par Ahmadinejad à la tribune, a disparu de la version tardive mise en ligne par les propagandistes de PressTV et fidèlement traduite par Alain Gresh [2]. Demandons-nous plutôt lequel, du discours rédigé à Téhéran et de la version amendée in extremis à Genève, est le «vrai» discours d’Ahmadinejad, c’est-à-dire l’expression des sentiments profonds du pouvoir iranien actuel.
Quand Ahmadinejad écrit que l’État d’Israël (il n’emploie évidemment pas le mot) a été créé «sous le prétexte de la souffrance juive et de la question ambiguë et douteuse de l’holocauste», qu’il fait diffuser ce texte en version anglaise par ses représentants officiels aux Nations unies, et qu’à la dernière minute il consent à en retrancher deux adjectifs, où faut-il voir la vérité de ce qui se dit et se pense à Téhéran? Dans le texte originel, mûrement pesé et médité, ou dans le correctif improvisé à Genève? Pour tout esprit honnête, la réponse à cette question ne devrait faire aucun doute, surtout au vu de ce qui se dit et s’écrit en ce moment même en Iran, et dont nous reproduisons quelques exemples en complément à cet article.
Mais restons au discours d’Ahmadinejad à Genève. Le monde entier, obnubilé par le négationnisme dont le régime iranien a fait sa marque de fabrique, s’est polarisé sur le passage du discours relatif au «prétexte» de «l’holocauste». Du coup, on a négligé un passage bien plus long, dont une partie a aussi été omise à la dernière minute par Ahmadinejad. Dans ce passage il n’est pas question de «l’holocauste», mais sa tonalité est bien plus épouvantable encore. Il s’agit d’un discours proprement antisémite, fondé sur les dubies conspirationnistes dans la veine des Protocoles des Sages de Sion. Certes, le mot «Juifs» est remplacé par le mot «sionistes»; mais un enfant de cinq ans comprend de quoi il ressort. Voici ce passage du discours d’Ahmadinejad, qui suit immédiatement le passage dont nous avons parlé plus haut.

«Le Conseil de sécurité a contribué à la stabilisation du régime sioniste et a soutenu les sionistes durant les soixante dernières années, leur donnant un feu vert pour poursuivre leurs crimes.
Il est d’autant plus regrettable qu’un certain nombre de gouvernements occidentaux, avec les États-Unis, se soient engagés à défendre ces individus racistes responsables de génocide, alors même que la conscience éveillée et les esprits libres du monde entier condamnent les crimes sionistes d’agression, de massacres et autres brutalités commises lors des bombardements de civils à Gaza. Ces gouvernements ont toujours soutenu ou sont restés silencieux face aux actes infâmes du régime sioniste.
Fort malheureusement la raison de leur soutien et de leur silence est que le sionisme égoïste et barbare est parvenu à pénétrer profondément leur structure politique et économique, ce qui inclut leur législation, leurs médias de masse, leurs entreprises, leur système financier et leurs agences de sécurité et de renseignement. Ils ont imposé leur domination au point que rien ne puisse être fait contre leur volonté. Dans certains pays, même les changements de gouvernement ne font jamais fléchir le soutien aux sionistes, bien qu’ils soient tous conscients de leurs crimes: cela est en soi fort regrettable.
Tant que la domination sioniste se maintiendra, de nombreux pays, gouvernements et nations ne seront jamais en mesure de jouir de la liberté, de l’indépendance et de la sécurité. Tant qu’ils seront au sommet du pouvoir, la justice ne triomphera jamais dans le monde et la dignité humaine continuera d’être offensée et piétinée. Il est grand temps que l’idéal du sionisme, qui constitue le paroxysme du racisme, soit brisé.»

Qui sont donc ces «sionistes» omniprésents, capables de «pénétrer profondément» la «structure politique et économique» des pays occidentaux, y compris «leur législation, leurs médias de masse, leurs entreprises, leur système financier et leurs agences de sécurité et de renseignement»? Comment imposent-ils leur «domination» dans «de nombreux pays», au point que leurs habitants ne peuvent «jouir de la liberté, de l’indépendance et de la sécurité»? À quoi les reconnaît-on, puisqu’ils sont «au sommet du pouvoir»? Mahmoud Ahmadinejad a certainement la réponse à ces questions, puisque le passage ci-dessus figure dans le discours traduit, imprimé et diffusé en son nom par la Mission permanente de la République islamique d’Iran auprès des Nations unies.

Pour le premier passage, nous avions eu recours aux services du traducteur bénévole Alain Gresh. Pour ce passage-ci, notre collaborateur, aussi involontaire que le premier, se nomme Thierry Meyssan. Le journaliste conspirationniste, qui vit désormais au Liban, continue d’alimenter son site internet Voltairenet.org (ex-«Réseau Voltaire») en articles où il dévoile, outre l’«effroyable imposture» du 11-Septembre, les innombrables complots ourdis par un Empire que dirigent des puissances occultes et où le «sionisme» joue un rôle de premier plan. Le discours d’Ahmadinejad était donc pain bénit, et Meyssan ne pouvait manquer de le reproduire. Cependant, les circonstances ont donné à cette reproduction un relief particulier.
Il faut dire que le site Voltairenet.org existe, pour des raisons qui tiennent peut-être à ses sources de financement, en plusieurs langues. Sur le site de langue anglaise, on trouve à la date du 22 avril 2009 une version du discours qui est strictement conforme à celle de PressTV. Sur le site de langue française, en revanche, le texte publié est daté du 20 avril, jour où Ahmadinejad a pris la parole. Et il repose sur la première version, celle qui a été distribuée par les Iraniens à Genève – à une exception près: l’expression «sous le prétexte de la souffrance juive et de la question ambiguë et douteuse de l’holocauste» est devenue «sous prétexte des souffrances juives et des abus sur la question de l’Holocauste» [3].
C’est ainsi que le lecteur de Voltairenet.org a droit, selon sa langue, à la version originale du discours prononcé par Ahmadinejad à Genève (en français et en espagnol), ou à la version aseptisée de ce même discours publiée par PressTV (en anglais et en italien)… Le développement sur «la domination sioniste» figure dans la version originale. Dans la version aseptisée, la partie du discours commençant par «Fort malheureusement» a disparu de manière inopinée. Des «actes infâmes du régime sioniste» on passe directement à «l’attaque U.S. contre l’Irak» et à «l’invasion de l’Afghanistan» (on y apprend que celle-ci a été «planifiée par les sionistes et leurs alliés de l’administration U.S. d’alors»).

Continuons à lire le texte d’Ahmadinejad. L’orateur revient à son thème de prédilection, sans la moindre autocensure. Désormais, toutes les versions concordent – celle d’avant le discours et celle d’après le discours.

«Aujourd’hui la communauté humaine est confrontée à un genre de racisme qui a terni l’image de l’humanité au début du troisième millénaire. Le mot “sionisme” [NDLR: en fait, Ahmadinejad parle ici du “sionisme mondial”: voir la note 3 en fin de cet article] incarne un racisme qui a faussement recours à la religion et abuse du sentiment religieux pour cacher sa haine et son horrible visage.
Il est cependant très important de souligner les objectifs politiques de certaines des puissances mondiales et ceux qui contrôlent des intérêts économiques, des richesses énormes dans le monde. Ils mobilisent toutes leurs ressources, dont leur influence économique, politique et médiatique mondiale pour apporter leur soutien au régime sioniste et s’efforcent singulièrement d’atténuer l’indignité et la disgrâce de ce régime.
Ce n’est pas uniquement une question d’ignorance et il est impossible de dompter de tels phénomènes par de simples messages culturels. Des efforts doivent être déployés afin de mettre un terme aux abus, par les sionistes et leurs soutiens, à l’encontre de la volonté politique et internationale et, en respect de la volonté et des aspirations des nations, les gouvernements doivent être encouragés et soutenus dans leurs combats visant à éradiquer ce racisme barbare, à avancer vers une réforme des mécanismes internationaux actuels. 

Vous êtes, sans aucun doute, tous informés des complots de certains pouvoirs et des cercles sionistes contre les objectifs et les aspirations de cette conférence. Malheureusement beaucoup d’informations peuvent être diffusées dans un but de soutien au sionisme et à ses crimes, et il en va de la responsabilité des honorables représentants des nations de faire le jour sur ces campagnes qui sont en opposition avec les valeurs et principes humains.»
Un lecteur innocent ne verra là rien d’autre qu’une attaque en règle contre le «racisme» de l’État israélien. Un lecteur un peu plus subtil, informé par les passages du même discours que nous avons cités précédemment, s’interrogera sur l’identité de «ceux qui contrôlent des intérêts économiques, des richesses énormes dans le monde» et qui «mobilisent toutes leurs ressources, dont leur influence économique, politique et médiatique mondiale pour apporter leur soutien au régime sioniste»…

À la vérité, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que la fantasmagorie antisémite se déploie ici dans toute sa brutalité. Partant de là, on est en droit de se poser des questions quant au discernement – ou à l’honnêteté intellectuelle – dont ont fait preuve les commentateurs français qui ont balayé d’un revers de la main les objections au discours de Mahmoud Ahmadinejad. On est même en droit de se demander de quelle manière ces mêmes commentateurs comprennent les discours, somme toute très semblables à celui de Mahmoud Ahmadinejad, prononcés par les «antisionistes» français que sont Dieudonné, Alain Soral et Yahia Gouasmi. Lorsque ce dernier – président du Parti anti-sioniste, du Centre Zahra et de la Fédération chiite de France – déclare sous le regard approbateur de ses deux comparses que «le sionisme a gangrené notre société», qu’il «gère les médias» et qu’il «gère l’éducation de nos enfants», il ne fait rien d’autre que reprendre, dans le contexte français, le discours dont Mahmoud Ahmadinejad était porteur devant une conférence des Nations unies à Genève.
Contrairement à l’impression que certains ont voulu donner lors de la Conférence «Durban 2», les enjeux ne se limitent pas au Proche-Orient, et ce qui est en cause n’est pas seulement le conflit israélo-palestinien. Car faire montre de la moindre indulgence envers les propos du président iranien, c’est entériner par avance les propos – voire les actes – de ses adeptes et imitateurs un peu partout dans le monde. Y compris en France.

NOTES

1. Selon les comptes rendus de la conférence qui ont été publiés, les délégués des 24 pays suivants ont quitté la salle après le commencement du discours de Mahmoud Ahmadinejad: Autriche, Belgique, Bulgarie, Chypre, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Malte, Portugal, République tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Saint-Kitt et Neviss, Slovaquie, Slovénie, Suède. Neuf pays avaient par avance boycotté la conférence, pour les mêmes raisons: l’Allemagne, l’Australie, le Canada, les États-Unis, Israël, l’Italie, la Nouvelle-Zélande, les Pays-Bas et la Pologne. On remarque que tous les pays membres de l’Union européenne qui n’ont pas boycotté la conférence se sont retirés de celle-ci lors du discours d’Ahmadinejad. La République tchèque (qui assume la présidence tournante de l’Union européenne) décidera de se retirer définitivement de la conférence après le discours; les autres pays européens reprendront leur place dans la salle après le discours du président iranien.

2. Par ailleurs, Alain Gresh se livre à une petite rectification amusante dans le vocabulaire des traducteurs iraniens. Le discours de Mahmoud Ahmadinejad se réfère, dans la version initiale comme dans la version «corrigée», aux «migrants» que les grandes puissances ont envoyés en Palestine pour y fonder l’État d’Israël. Mais le mot «migrants» a, dans la langue française contemporaine, une connotation positive liée aux tribulations des non-Européens en recherche d’un lieu où vivre et travailler. Les «migrants» du discours iranien sont donc devenus, sur le blog du Monde diplomatique, des «immigrants».

3. Pour être précis, il est un autre endroit où la traduction publiée par Thierry Meyssan s’écarte de l’original. On lit chez Meyssan: «Le mot “sionisme” incarne un racisme (…)». Or le texte anglais diffusé par les Iraniens, aussi bien dans la version originelle que dans la version ultérieure de PressTV, dit que le «World Zionism», c’est-à-dire le «sionisme mondial», est une incarnation du racisme (une formulation tout à fait conforme au conspirationnisme antisémite qui imprègne le discours d’Ahmadinejad). Pourquoi cet écart subit? Une explication pourrait être que Thierry Meyssan, ou celui qui a effectué pour lui une traduction de l’anglais vers le français, a pris peur devant cette violence verbale. Une explication plus triviale tiendrait à une confusion entre les mots anglais world («monde») et word («mot»).
http://www.terredisrael.com:80/wordpress/?p=7631

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Vendredi 8 mai 2009

Dans le cadre de sa tournée européenne, le Ministre israélien des Affaires étrangères Avigdor Liberman a effectué une courte visite  à Paris. Cette étape parisienne a été ponctuée par une rencontre avec son homologue français Bernard Kouchner au Quai d’Orsay.

Il a été reçu à l’Elysée où, en l’absence du Président de la République en tournée en province, il a rencontré le  Secrétaire général Claude Guéant…Lire la suite

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Vendredi 8 mai 2009

Le pèlerinage de Sa Sainteté le pape Benoît XVI en Terre sainte a pour visée la promotion de la paix et de la réconciliation : « Au cours de mon pèlerinage en Terre sainte, je demanderai au Seigneur, en me rendant sur les lieux sanctifiés par son existence terrestre, de nous faire le présent précieux de l’unité et de la paix au Proche-Orient et pour toute l’humanité.1 » Sa Sainteté a défini son pèlerinage en Terre sainte de visite au lieu de naissance de la foi chrétienne: « Je m’apprête à visiter Israël, pays sacré pour les chrétiens comme pour les juifs, pays où plongent les racines de notre foi. L’Eglise puise en effet ses valeurs dans les racines de ce bon olivier – le peuple d’Israël -  sur lequel ont été greffées par les Gentils les branches de l’olivier sauvage (Épître aux Romains 11, 17-24). Depuis les premiers jours du christianisme, notre identité et chacun des aspects de notre existence et de notre culte ont été intimement liés à l’ancienne religion de nos pères dans la foi. » Lire la suite

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Dimanche 3 mai 2009
Source : Site Pajamasmedia


Texte original anglais : "« Never Again », Obama Style
"


Traduction française : Menahem Macina, pour upjf.org

 

Aucun président de l’époque moderne n'est parvenu à cacher une si grande part de sa biographie que celui-là. Les journalistes affectés aux scoops sur Obama semblent avoir perdu leur appétit traditionnel pour la recherche d’éléments manquants. Nous n'avons pas un rapport médical, ni un document de l'Université de Columbia, ni la moindre indication sur ce qu’il a fait de bon à la Faculté de Droit de Harvard.

Ces choses ne sont pas forcément importantes, mais elles peuvent l’être. Personne ne pense que le président a quelque problème médical que ce soit. Il présente tous les signes d’une excellente condition physique. Mais c’était aussi le cas de John F. Kennedy, dont il s’avéra qu’il avait eu la maladie d'Addison et qu’il prenait des stéroïdes et des calmants anti-douleur, qui ont eu un effet sur son efficacité. Nous ne le savions pas alors. Nous aurions dû le savoir.

Qu'a étudié Obama ? Avec qui ? Avec quel succès ? Obama tient, de temps en temps, des propos qui ne sont pas caractéristiques de personnes cultivées, comme lorsqu’il gaffe à propos du nombre d'Etats américains, ou quand il semble croire qu'on parle "autrichien" à Vienne. S’agit-il de lapsus accidentels ? Ou bien ses années d'université et d’études de droit témoignent-elles d’une ignorance structurelle ? Nous avons le droit de le savoir, mais les habituels suspects de la meute des chasseurs de médias, font preuve d’un manque de curiosité décevant, quoique tout à fait prévisible.

De grandes quantités de papier-journal ont été remplies de critiques justifiées de l’insistance bush-chenyenne sur le secret. Des critiques, et même des gens qui se prétendaient sympathisants de l'administration Bush, ont été encouragés à croire toutes sortes d’absurdités, dont beaucoup étaient alimentées par l'incapacité bien connue de cette administration à expliquer ce qu'elle faisait, et pourquoi elle le faisait. De la même manière, l’obstruction à l’accès d'informations de base sur Obama alimente de sombres soupçons sur la légitimité même de sa présidence, et sur la persistance de l’exigence qu'il prouve sa qualification constitutionnelle à occuper ce poste.

Manquant de l'information de base, nous devons utiliser les vieux outils. Nous devons inférer, déduire, et deviner. Nous devons analyser ses propos et les comparer à ses actes. Lui-même y insiste. En mars, quand les Coréens du Nord ont répliqué aux multiples avertissements internationaux en lançant une fusée, Obama a mis l’accent sur le fait que « les mots doivent signifier quelque chose ». « Le monde doit faire front commun pour empêcher la dissémination de ces armes. C’est le moment, à présent, d’une réponse internationale forte ». Il a eu raison d’insister sur le fait que des bavardages inutiles n’avaient rien de bon, parce que, s’il n’était pas tenu compte des avertissements sans que cela n’implique aucun prix à payer, les avertissements n’auraient plus de sens. Sans action, les mots ne signifient rien.

Une déclaration conjointe Etats-unis-Europe est revenue sur ce thème, faisant remarquer que la Corée du Nord développait « sa capacité de menacer des pays, voisins et lointains, par des armes de destruction de masse. » Elle ajoutait :

« Cette action exige une réponse de la communauté internationale, y compris de la part du Conseil de Sécurité de l’ONU, pour démontrer qu’on ne peut faire fi de ses résolutions en toute impunité. »

Ce qui m’amène à son récent discours, peu analysé, prononcé au Capitole, pour le Jour du Souvenir de l’Holocauste, un thème obligatoirement cher au coeur et à l'âme de notre premier président noir. Une partie de ce discours est du meilleur Obama : élégant, sobre, allant droit au fait. Il a souligné un point qui m’est cher, et qui est souvent oublié dans l'histoire du fascisme :

« C’est la plus sinistre des ironies que l’un des actes les plus sauvages et les plus barbares du mal dans l'histoire ait pris naissance dans l’une des sociétés les plus modernes de son temps, où tant de points forts du progrès humain sont devenus des outils de dépravation de l’humanité : une science capable de guérir, utilisée pour tuer ; une éducation capable d’éclairer, utilisée pour justifier rationnellement les instincts moraux les plus bas...

Oui, le fascisme et le nazisme sont issus de deux sociétés occidentales parmi les plus avancées et les plus cultivées : l'Italie et l'Allemagne. Et les institutions de ces sociétés ont été mises au service de l’Holocauste, avec bien peu de protestations de la part individus parmi les plus cultivés et les plus modernes de ces sociétés.

La bureaucratie qui régule la vie moderne, a été utilisée comme une machinerie de la mort de masse, un système impitoyable et effroyablement efficace, où beaucoup ont été responsables du massacre, mais peu ont eu concrètement du sang sur les mains... »

Ces propos sur la « bureaucratie qui régule la vie moderne » fournissent un aperçu utile sur la manière dont Obama considère l’exercice de l’autorité. Il aime l’autorité, particulièrement la sienne. Mais il a mal compris l'histoire nazie. La bureaucratie qui a organisé les meurtres de masse était en grande partie militaire, et sa composante la plus importante ne faisait pas partie de la bureaucratie ni même de l'armée traditionnelle, mais de la SS, qui était rattachée directement au Führer, et non au vieil Etat allemand.

La description, que fait Obama, du processus de massacre, dans lequel les victimes ont été traitées par une chaîne de meurtre de masse, est exacte et importante, mais il n'a pas compris que Hitler avait créé un nouveau genre d'Etat. Le nazisme a pris le pouvoir en Allemagne, mais l'Etat nazi était très différent de l'"Etat de droit" qui l'avait précédé.

C’est alors qu’Obama donne sa version du "Plus jamais", et c'est une version très étrange, en vérité. D'abord, il tire des motifs d'espoir des survivants de Holocauste. Ceux qui sont venus en Amérique ont eu un taux de naissance plus élevé que les juifs qui vivaient déjà ici, et que les membres du « peuple choisi » qui a créé Israël. Ceux-ci, dit-il, ont choisi la vie et l'ont revendiquée, en dépit des horreurs qu'ils avaient subies. Puis, il poursuit :

« Nous trouvons une raison d’espérer dans le fait que des enfants protestants et catholiques vont à l'école ensemble en Irlande du Nord ; que des Hutus et des Tutsis vivent en bon voisinage et pardonnent à ceux qui ont commis l'impardonnable ; et dans l’existence d’un mouvement pour sauver le Darfour, qui compte des milliers de groupes locaux dans les collèges et les facultés de 25 pays, et qui a rassemblé, dans le grand hall public de Washington, 70 000 personnes de tous âges, croyances religieuses, expériences et races, unis pour une cause commune à des frères et des soeurs souffrants d’un bout du monde à l’autre.

Tous ces gens peuvent être notre avenir, nos compatriotes du monde, qui nous montrent comment effectuer le voyage de l'oppression à la survie, comment passer de la situation de témoin à celle de résistance, et finalement à la réconciliation. C’est ce que nous voulons dire quand nous disons "plus jamais". »

Donc, "plus jamais" veut dire que nous apprenons d'autres comment pardonner et oublier, et finalement vivre heureusement les uns avec les autres. Mais ce n'est pas ce que signifie "plus jamais", au moins pour la génération de l’Holocauste et pour la plupart de ses descendants. Pour eux, "plus jamais" signifie que nous allons annihiler celui qui se prend pour le prochain Führer. Pas une fois, dans tout son discours, Obama ne mentionne que les Etats-Unis ont pris la tête une coalition de peuples libres contre l'Allemagne, l'Italie et le Japon ; il ne parle pas davantage non plus de la nécessité du sacrifice pour empêcher la réitération de ce qui s’est passé. En fait, ses exemples suggèrent qu'il ne saisit pas toutes les dimensions de la lutte contre le mal. L'Irlande du Nord est un exemple totalement inadéquat (rien qui ressemble, même de loin, à un Holocauste, ne s’est produit dans ce pays) ; les relations entre Hutus et Tutsis, au Rwanda et au Burundi, ne sont guère caractérisées par le pardon, bien que le président du Burundi œuvre puissamment à réaliser un modus vivendi pacifique ; quant au Darfour, eh bien, malgré les dizaines de milliers de personnes qui ont manifesté dans le grand Hall public de Washington, personne n’a fait grand-chose pour empêcher le régime de Khartoum de massacrer les peuples du sud.

Dans l'histoire des temps modernes, les Etats-Unis ont fait plus que n'importe qui d’autre, peut-être davantage que le monde entier réuni, pour vaincre le mal, et nous le faisons encore. Pourtant, Obama dit que nous devons "apprendre d'autres" comment progresser, pardonner et oublier, et vivre heureux pour toujours. Mais ce ne sont que des mots et non des politiques, ni même des actions. Et les significations qu’il donne à ses mots montrent qu'il n'a pas réellement l’intention de faire quoi que ce soit pour contrecarrer le mal, pas plus qu'il n’a eu quelque action concrète à proposer pour punir la Corée du Nord.

Fait significatif, Barack Obama est beaucoup plus sévère envers ses opposants intérieurs américains, qu’à l’égard des tyrans qui menacent nos valeurs et l’Amérique elle-même. Il dit aux Républicains qu’ils feraient mieux de cesser d’écouter Rush Limbaugh [1], mais il ne critique pas les Palestiniens qui éduquent leurs enfants dans la haine des juifs. Il se prosterne devant le monarque saoudien, mais humilie le Premier ministre de Grande-Bretagne. Il exprime son étonnement de ce que l’on puisse craindre que le président vénézuélien Hugo Chavez soit une menace pour la sécurité nationale, alors même qu’il scelle une alliance avec un Iran qui fait venir de Téhéran, via Damas, dans notre hémisphère, des avions pleins de maîtres ès terreur, d’armes et d’explosifs, qui alimente le trafic de terroristes et de narcotiques, et offre des installations militaires aux vaisseaux de guerre et à l'aviation russes. Apparemment [Obama] semble indifférent à l'islam radical et à la résurgence du communisme en Amérique latine, tandis que son département de la sécurité intérieure lance  un avertissement aux anciens combattants – élite de l'Amérique – de retour du Moyen-Orient. Il s’efforce d’avoir des relations chaleureuses avec l'Iran et la Syrie – qui ont du sang américain jusqu'au cou –, tout en avertissant Israël des terribles conséquences qu’il encourt s’il tente de lancer une attaque préventive contre la menace nucléaire iranienne.

Jusqu'ici, au moins, l'unique message clair du Président Obama est qu'il n'est pas disposé à combattre... nos ennemis internationaux. Et les propos suivants de son discours pour la Journée de l’Holocauste, donnent l’impression qu’il est plus un psychothérapeute qu'un dirigeant national :

« … Nous avons l'occasion de prendre l’habitude de l'empathie, de nous reconnaître dans chacun d’autre, de nous engager à résister à l’injustice, à l'intolérance et à l'indifférence, quelles que soient les formes qu'elles peuvent prendre, que ce soit en tenant tête à ceux qui mentent à propos de l'histoire, ou en faisant tout notre possible pour empêcher et stopper des atrocités comme celles qui ont eu lieu au Rwanda, et celles qui ont lieu au Darfour… »

Ces mots sont calculés pour intérioriser [2] les conflits qui font rage dans le monde réel, et c’est précisément le genre de propos qui encourageront nos ennemis à redoubler d’efforts pour nous abattre. Car si le président des Etats-Unis n'agit pas, qui peut les arrêter?

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Notes du traducteur

 

[1] Linbaugh, personnalité très controversée, est l'un des animateurs de radio les plus écoutés du pays (13 millions de personnes par semaine, selon Wikipedia). C’est un tenant inconditionnel de la droite américaine, et il a contribué à la réélection de Georges Bush.


[2] Faute de meilleure option, j’ai traduit par "intérioriser" le verbe anglais "internalize", qui signifie, dans le présent contexte, amener l’esprit à accepter comme normal le fait qu’il y a des conflits.


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© upjf.org

Par voline
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Lundi 20 avril 2009

Algérienne d’origine, exilée en France avec sa famille pour échapper à la mort, elle vit au Québec depuis 1997. Djemila Benhabib vient de publier son premier essai Ma vie à contre-Coran. Une femme témoigne sur les islamistes dans lequel elle raconte la terreur qu’elle a vécu avec la montée de l’intégrisme religieux et met à nu les différentes stratégies des islamistes pour imposer leur dictature. L’auteure nous met aussi en garde contre notre trop grande tolérance vis-à-vis ceux qui cherchent patiemment à saper les bases de notre démocratie pour imposer leur vision fasciste et obscurantiste de l’islam.

Citoyenne du monde, féministe et laïque, Djemila Benhabib est tissée de la même étoffe que les Taslima Nasreen, Wafa Sultan, Chadortt Djavann et Ayaan Hirsi Ali. Ces femmes, toutes de culture musulmane, reprennent le flambeau des Lumières, et au nom de la défense des droits humains, osent avec une farouche détermination, s’attaquer à l’intégrisme islamique. Et cela, au péril de leur vie.

Nouvelles dissidentes de l’Histoire, elles mériteraient toutes de pouvoir jouir ici en Occident de la même sécurité, du même soutien, de la même admiration, du même respect et de la même attention médiatique auxquels les Sakharov et Soljenitsyne ont eu droit, à une époque pas si lointaine.

Ce livre de Benhabib, nous l’attendions depuis longtemps. Tous les « Tremblay » du Québec l’attendaient. Puisse-t-il ouvrir une brèche dans la pensée unique de nos bien-pensants qui étouffent invariablement toute critique de l’islamisme.

« J’ai écrit ce livre pour que les gens sachent ce qu’est l’islam politique, une idéologie de mort qu’on veut nous imposer. » 

En Algérie, vous avez risqué votre vie en refusant de porter le voile, alors qu’ici on le présente comme un choix personnel?
 « Le voile n’est pas qu’un simple vêtement,  il fait partie d’un « package »,  d’un système de valeurs qui est rétrograde, archaïque et barbare à l’égard des femmes parce que le voile, c’est aussi la répudiation, la polygamie, le mariage forcé et arrangé, l’excision, la non-mixité, les châtiments corporels comme la flagellation, la lapidation. Or on nous le présente comme indépendant de tout cela. Mais c’est faux. Le voile, c’est l’emblème de l’intégrisme. »

Il y a des gens qui pensent qu’il faut tolérer le voile parce qu’il fait partie de votre culture?
« Moi le voile, cela ne fait pas partie de ma culture, ni de la tradition. Ma grand-mère ne se voilait pas, enfin oui,  elle se voilait parce que ce sont des sociétés encore fortement patriarcales, mais elle ne portait pas le voile islamique tel que le font aujourd’hui les militantes islamistes. On a vu l’apparition de ce voile dans les années 80 avec Khomeini. C’est lui qui a imposé le port du voile islamique tel qu’on le voit aujourd’hui. Donc il n’est pas du tout ancré dans notre culture, bien au contraire, le voile islamique est venu chasser du décor visuel ce que nos femmes portaient comme un truc traditionnel. Il n’est donc pas une spécificité culturelle, mais bien un geste politique d’adhésion à l’islamisme politique. C’est tout. »

Et que répondre à Amir Khadir, affirmant que les femmes iraniennes ont porté le voile comme un étendard politique pour s’opposer au Shah?
« C’est bizarre,  parce que moi,  toutes les Iraniennes que j’ai rencontrées, sont des femmes qui ont dû s’exiler parce que leur vie était en danger et qu’elles ne cadraient pas avec le régime islamiste. Alors c’est bien étrange que M. Khadir n’en parle pas. Est-ce à dire qu’il n’est pas au courant de la situation? Je ne le pense pas.  Saviez-vous que la législation iranienne prescrit l’emprisonnement jusqu’à 12 mois, des amendes et la flagellation pour des infractions relatives au code vestimentaire?

Mais vous savez, en politique, il y a des choix à faire. Et si M. Khadir a choisi de parler des femmes voilées, c’est peut-être parce qu’il les soutient? Pourquoi ne parle-t-il pas des femmes opprimées, laïques et féministes? Il y en a beaucoup. Ne les a-t-il pas rencontrées? »

Devrait-on, comme le veut Françoise David, accepter le port du voile dans les institutions publiques pour empêcher l’exclusion sociale et économique de ces femmes musulmanes? « Écoutez, le Québec ce n’est pas un bazar. Le Québec est une société qui s’est donné démocratiquement des institutions laïque et égalitaire et, par conséquent, lorsqu’on pose des gestes, on doit constamment les inscrire dans ce cadre-là. On doit respecter les choix de la collectivité et le bien commun. Cela doit primer sur tous les autres choix que l’on fait. On a un contrat social à respecter. Et ceux qui disent qu’on peut accepter le port du voile dans les institutions publiques violent le consensus social. La laïcité, c’est notre ciment, et tant et aussi longtemps que les Québécois décideront de faire du Québec un État laïque, alors il va rester laïque, et tous les citoyens doivent respecter cette laïcité-là. »

Et la laïcité ouverte, cela signifie quoi pour vous?
« Moi, dès qu’on ajoute un adjectif à la laïcité, cela me dérange. Pour moi, il n’y a que la laïcité, et c’est un concept qui est très clair. C’est l’égalité entre les croyants, les agnostiques et les athées. Et l’État doit veiller à cela. Sur la place publique, on est égaux. C’est tout,  et je ne vois pas pourquoi on lui associe le terme de fermée ou d’ouverte. »

2017348595_2.jpgOn va dire de cela que c’est de l’intégrisme laïque, non?
« Écoutez, moi j’ai vécu les prémisses d’un État intégriste. Je n’en ai vécu que les prémisses et je peux vous dire que de vivre dans un tel état de peur permanente, c’est un cauchemar. Ma réflexion, elle se nourrit d’un vécu, et j’en suis arrivée à penser que nous ne pouvons vivre librement que sous un État laïque. Parce que j’ai déjà vécu sous des régimes oppressifs où il m’était interdit de dire que je n’étais pas croyante. Je ne pouvais pas le dire parce que je risquais ma vie. Cette violence-là, je l’ai vécue. »

Des femmes voilées se disent féministes à la « manière musulmane » et prétendent que nous n’avons pas à leur imposer « notre » féminisme qui n’est somme toute qu’une invention de l’Occident. Les féministes du Québec sont divisées sur cette question. D’après vous, peut-il y avoir plusieurs féminismes?
« Pour moi le féminisme, c’est s’insurger contre les injustices à l’égard des femmes, et vouloir les réparer. Et ici, je ne me pose pas la question de savoir si cette femme est afghane ou péruvienne. Je dis que lorsqu’il y a une injustice, il faut mettre fin à celle-ci.

Aujourd’hui, dans les pays musulmans et arabes, la plupart des femmes vivent dans l’injustice. Et cela, il faut le dire. Ce sont dans ces pays-là où, par exemple, les crimes d’honneur sont les plus élevés. Ce sont dans ces pays-là, où les femmes se font fouetter et lapider, dans ces pays-là, où elles se font répudier et maltraiter. Alors, on n’invente rien. On part de la réalité. Maintenant, qu’est-ce qu’on fait avec cette réalité? On se ferme les yeux, en disant que l’Afghanistan, cela ne nous regarde pas? Ce n’est pas la voie que j’ai choisie. Pour ma part, à chaque fois que je vois une injustice, je la dénonce parce que c’est mon devoir de citoyenne du monde de le faire. Mon combat, c’est un combat universel pour les droits humains. »

Que pensez-vous de l’attitude de la gauche et des féministes vis-à-vis l’intégrisme musulman?
« Je pense que Québec solidaire, en particulier, a des positions extrêmement dangereuses et inquiétantes par rapport à l’islamisme politique. Moi je suis très inquiète quand Mme David, qui est une des grandes féministes du Québec, cède devant les islamistes et prend position en faveur du port du voile. Mais Mme David lorsqu’elle a organisé la Marche mondiale des femmes, elle ne l’a pas organisée toute seule avec le Québec, mais avec toutes les femmes du monde. C’est dire que toutes les femmes du monde ont le droit à une vie décente. Et donc, on ne peut pas être féministe au Québec et ne pas l’être ailleurs dans le monde. C’est une contradiction. Et c’est en cela que la position de Mme David est problématique, parce qu’elle nous dit : quand l’intégrisme est catholique, je vais le dénoncer, mais quand il devient musulman, là on peut s’accommoder.

Non merci! On n’en veut pas de ces accommodements. C’en est assez de « folkloriser » les femmes musulmanes. L’argument culturel et identitaire relève du pur mépris. Pourquoi des traditions injustes, façonnées dans des sociétés patriarcales, que des hommes et des femmes ont combattues partout dans le monde, seraient-elles acceptables pour des musulmanes? Parce que ces accommodements-là, ce n’est pas Mme David qui va les subir, mais les femmes musulmanes. Et moi, je ne veux pas subir ce que j’ai fui. Si j’ai fui l’intégrisme musulman, ce n’est pas pour le retrouver ici au Québec. Ici, je veux vivre comme toutes les femmes du Québec. Je demande l’égalité, c’est tout. »

Dans votre livre, vous exposez les différentes stratégies utilisées par les islamistes, aussi bien en Orient qu’en Occident. Parlez-nous de celles utilisées ici même au Québec.
« D’une manière générale, ils profitent de toutes les défaillances de l’État. Lorsqu’un immigrant arrive dans un nouveau pays, il est confronté à des difficultés et si nous, en tant que société, n’y répondons pas, alors d’autres vont le faire. Et ce sont des groupes islamistes extrêmement bien organisés et financés par des États étrangers comme l’Iran ou l’Arabie Saoudite qui vont prendre en charge socialement et économiquement les nouveaux arrivants. Donc, ils les dépannent. »

Et cela se fait ici au Québec?
« Bien évidemment! Il y a des réseaux très bien structurés qui les aident à se trouver un logement ou un emploi, qui payent les loyers de certains immigrants, qui payent même parfois l’Université, qui donnent des cours d’informatique, de langues, des cours de n’importe quoi, qui organisent des conférences sur différents sujets comme, par exemple, les médias et l’islam. J’ai même déjà reçu une invitation de « Présence Musulmane » pour une conférence sur, tenez-vous bien, l’environnement et l’islam! N’importe quoi! Et il y a aussi la propagande dans certaines mosquées et écoles islamiques.

Ils ont un agenda politique qu’ils ne nous montrent pas parce qu’ils ont compris que cette stratégie n’était pas gagnante. Par contre, ce qui est gagnant, c’est de passer par la liberté religieuse, les demandes d’accommodements, parce que cela titille des valeurs qui sont fondamentales pour l’Occident. Donc, c’est sur le terrain de la liberté religieuse qu’ils mènent leur combat. Et c’est sur ce même terrain qu’ils crient au racisme et à l’islamophobie pour museler la liberté d’expression et faire taire les critiques. »

En Algérie, les islamistes ont liquidé l’élite intellectuelle mais ici, ils la courtisent…
« Vous savez les intégristes ne sont pas des idiots. Ils ont compris, par exemple, qu’en instrumentalisant les femmes, qu’en envoyant les femmes voilées aux médias, les plus pimpantes, les plus éduquées qui s’affichent comme des modèles d’intégration et présentent le voile comme un choix personnel, ils savent que cela déstabilise les gens.

Mais moi, cela ne me déstabilise pas du tout parce que ces femmes-là ne sont pas des femmes opprimées et soumises. Ce sont des militantes politiques et il faut les considérer comme telles, c’est-à-dire des adversaires politiques qu’il faut combattre. On n’a pas à faire du copinage ou du charme avec elles. Ce sont des militantes qui sont engagées dans une voie différente de la nôtre et il faut les combattre. C’est tout. »

Il y a des intellectuels musulmans qui souhaitent réformer l’islam, tels l’Algérien Malek Chebel qui nous a donné plusieurs propositions pour réformer l’islam ou encore la Canadienne d’origine pakistanaise Irshad Manji. Peut-on réformer l’islam, et pourrait-il enfin connaître son siècle des Lumières?
« Je le souhaite. De toute façon, en islam, il y a déjà des Voltaire. Il y a déjà des gens libres qui ont dénoncé un certain nombre de choses et qui ont remis en cause l’islam. Par contre, moi je ne veux pas m’inscrire dans la religion pour me libérer. Mon émancipation trouve sa place dans l’universel et la religion ne peut pas constituer l’universel. Donc pour moi, s’émanciper, c’est lutter à l’extérieur de la religion.

Je ne me situe pas dans un courant réformiste de l’islam. Il y a mille et une interprétations possibles de l’islam.  Et aujourd’hui la tendance la plus lourde qui est largement répandue dans le monde, c’est l’interprétation la plus rétrograde. Il aurait pu y avoir une interprétation moderne, mais malheureusement, elle n’est pas là. Donc moi, je ne vais pas attendre quatorze siècles encore pour réformer cette religion-là. Moi je veux vivre en femme libre, maintenant, et je veux m’inscrire dans mon temps. »

Avez-vous le sentiment d’avoir le Québec derrière vous?
« Vous savez, ce qui m’a motivée à écrire ce livre, ce sont les gens qui ont témoigné à la commission Bouchard-Taylor. Quand j’ai vu leur attachement à la laïcité et à l’égalité des sexes et les leçons que leur ont données les deux commissaires qui les ont finalement traités avec mépris et dédain, cela m’a propulsée dans l’écriture et j’avais envie de dire aux gens qu’ils sont sur la bonne voie et qu’ils ont raison de se tenir debout pour défendre la laïcité et l’égalité. Je n’invente rien, je n’ai fait qu’ajouter ma voix à celle des autres. »

Et pourtant, durant les travaux de la Commission, nombreux ont été les médias qui ont présenté les Québécois, ceux des régions en particulier, comme une bande d’attardés. Les conclusions de la commission les accusaient même d’étroitesse d’esprit et de crispation identitaire?  « Vous savez quand je suis arrivée au Québec, je voulais connaître le pays et je me suis donc baladée un peu partout. Je me suis même rendue en Abitibi en autobus en plein mois de février pour donner une conférence sur la situation des femmes musulmanes dans le cadre de la Marche mondiale des femmes, et j’ai découvert un Québec généreux et ouvert. Et la façon dont on a dépeint le Québec, notamment durant la commission Bouchard-Taylor, m’a déplu parce qu’elle ne correspondait absolument pas à ma réalité.

Les commissaires ont essayé de ridiculiser des gens,  de minimiser la portée de leur message en faisant taire des voix laïques et féministes. On les a dénigrés, Gérard Bouchard les a même catalogués parce qu’ils lisaient tel journal ou écoutaient telle télévision, et moi je trouve que c’est déplorable parce que les commissaires se devaient d’être à l’écoute de tout le monde. Ce que cela m’a prouvé, c’est qu’ils sont déconnectés du peuple, et je peux dire que le peuple est beaucoup plus en avance qu’eux, sur bien des questions, notamment celle de la laïcité et celle du droit des femmes. »

Et Hérouxville?
« Vous savez, ces gens-là ne font pas peur. Par contre, avec les islamistes, je risque ma peau, à chaque minute, pour chaque mot. »

Il vous reste des souvenirs douloureux?
« Oui… bien sûr. Ce professeur, dans la cinquantaine, qui venait à la maison et qui me saluait toujours en disant « Bonjour la Jeunesse ». Il raccompagnait sa fille au lycée, lorsqu’un jeune gars est apparu de nulle part, a pointé un fusil sur sa tempe, puis il a tiré. Sa tête a éclaté, on pouvait voir son cerveau là, sur le trottoir. C’était en plein jour, en plein soleil. À l’entrée du lycée. Le gars a ensuite pointé son arme sur la tempe de sa fille de dix-sept ans, et il lui a dit : « Ça, c’est pour pas que t’oublies ». Puis, il est parti. Ce gars-là, j’ai joué aux billes avec lui lorsque j’étais toute petite.
Sur la rue, des volets se sont refermés, et j’ai compris que la lâcheté est humaine, mais vous savez, le courage aussi, c’est humain. »

djemila-benhabib-vit-coran-L-1.jpgMA VIE À CONTRE-CORAN
Une femme témoigne sur les islamistes
Djemila Benhabib
Vlb éditeur  Montréal,  2009, 268 pages

L'aut' journal Format papier 
Avril 2009 - no.278

Par voline - Publié dans : Débats
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Samedi 4 avril 2009

À peine nommé ministredes Affaires étrangères, Avigdor Lieberman a rejeté le processus de paix d'Annapolis soutenupar Barack Obama. Crédits photo : AP

Dès le jour de son investiture dans le cabinet de Benyamin Nétanyahou, son discours n'a pas détonné avec les slogans qui ont servi son ascension politique.

Lieberman n'a pas changé. Devenu ministre des Affaires étrangères, le tribun populiste d'origine moldave, célèbre pour ses déclarations à l'emporte-pièce et ses sorties incendiaires contre les Arabes israéliens, ne s'est pas converti au langage diplomatique malgré ses nouvelles fonctions.

Défiant le puissant allié américain, il a rejeté le processus d'Annapolis, ultime tentative de l'Administration Bush pour relancer fin 2007 un processus de paix moribond, auquel Nétanyahou s'était pourtant dit lié, tout comme Obama. Excluant toute rétrocession du Golan, il a aussi claqué la porte au nez des Syriens, ne proposant que la paix en échange de la paix.

Seule concession à sa nouvelle position de chef de la diplomatie, Lieberman a adouci son ton à l'égard de l'Égypte, en lui reconnaissant un statut d'«élément stabilisateur dans la région» et de «partenaire important». Mais les Égyptiens gardent en travers de la gorge ses précédentes déclarations, notamment quand il envoyait «au diable» le président Moubarak peu pressé de se rendre en visite officielle en Israël. Le Caire a déjà fait savoir que ses contacts avec les Israéliens se feraient par l'intermédiaire du ministre de la Défense, Ehoud Barak.

 

Entendu par la police

 

Au cours de ses premiers jours au gouvernement, Avigdor Lieberman a aussi passé plusieurs heures d'auditions avec la police. Le bureau de répression des fraudes le soupçonne de corruption, de blanchiment d'argent et d'abus de confiance. Il est accusé, entre autres, d'avoir fait transiter d'importants versements d'argent en provenance de l'étranger par des sociétés fictives et différents comptes bancaires.

Ce personnage embarrassant apparaît comme un curieux chef de la diplomatie, fonction traditionnellement chargée de défendre les positions de l'État à l'étranger plutôt que de se livrer à de la surenchère. Pourtant les positions d'Avigdor Lieberman sont plus ou moins partagées par une large partie de l'opinion israélienne, si ce n'est la majorité.

La popularité des négociations avec les Palestiniens ne s'est jamais vraiment remise en Israël de l'échec des accords d'Oslo. Le retour à la «feuille de route », document a minima signé en 2003 qui prévoit des avancées pas à pas et réciproques, visant à créer petit à petit les conditions d'existence d'un État palestinien, apparaît aujourd'hui à beaucoup d'Israéliens comme plus réaliste que des plans plus ambitieux, s'engageant sans trop de préalables à la création rapide d'un État.

Les négociations avec la Syrie n'ont jamais soulevé beaucoup d'enthousiasme, même dans les rangs de la gauche israélienne, tant cet État n'apparaît plus depuis bien longtemps comme une menace sérieuse pour Israël, ni comme un partenaire fiable.

La paix avec l'Égypte, dont le trentième anniversaire n'a pas donné lieu à de grandes célébrations dans les deux pays, n'intéresse guère que les diplomates.

En voulant «préparer la guerre pour avoir la paix», en refusant de croire que des concessions unilatérales peuvent amener la sécurité pour l'État d'Israël, Lieberman apparaît en fin de compte comme le représentant de la majorité des électeurs qui ont voté pour Nétanyahou et les partis d'extrême droite, aujourd'hui majoritaires à la Knesset. Mais il n'est pas certain que le déclarer publiquement aide beaucoup le nouveau gouvernement dans ses relations avec l'étranger et, en premier lieu, avec ses alliés.
http://www.lefigaro.fr/international/2009/04/04/01003-20090404ARTFIG00225-lieberman-ne-connait-pas-le-langage-diplomatique-.php

Par voline - Publié dans : Fondements
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Vendredi 13 mars 2009

La lecture de la fête de Pourim que je vous offre n´est pas une lecture politique où il convient de repérer cette  volonté toujours réaffirmée de détruire le peuple juif, de pointer la haine partagée par tous les Hamann de la terre dont le dernier en date n´est autre que le Président de l´Iran, pourtant reçu avec grand honneur par l´O.N.U.

Non, ce n´est pas ce spectacle guère surprenant que je souhaite pointer ; Ce n´est pas cette mascarade carnavalesque que je souhaite lire à la lueur de l´enseignement de Pourim.

Il est clair pour tout un chacun que Pourim est une fête qui appelle chacun au devoir de résistance à tous les totalitarismes quels que soient leurs déguisements politiques, religieux ou autres, quels que soient les artifices mensongers d´un langage à double face, auquel Israël lui-même parfois se laisse aussi prendre.

Ce n´est pas davantage à une lecture psychologique des différentes forces qui traversent les personnages de cette histoire, à laquelle je souhaite vous convier, le Bien avec Esther et Mardochée, le Mal avec Hamann et la Neutralité du roi de Perse, Assuérus.

Ces 3 forces sont à l´œuvre devant nos yeux avec la diabolisation d´Israël, présenté comme le cancer du monde par ceux là-mêmes qui incarnent le Mal absolu et qui en grands manipulateurs jouent avec les sentiments si vertueux du monde "libre".

Non, ce que je souhaite avec Adin Steinsaltz et Josy Eisenberg, c´est vous offrir une lecture cosmique et métaphysique des événements de l´histoire et des personnages qui semblent l´écrire.

Le propos ne s´attachera pas aux seules valeurs morales, mais plus profondément aux valeurs transcendantes qui traversent chacun de nous.

Qui sont donc ces personnages qui posent, aujourd´hui comme hier, les enjeux de l´identité juive dans un monde hostile ?

Hamann et Mardochée symbolisent deux entités radicalement opposées, que sont le Mal et le Bien.

Hamann représente le Mal qui étend son empire sans limites: le totalitarisme ; Il comprend parfaitement que celui qui lui résiste en s´affirmant comme un être de liberté, sape les bases de son pouvoir politique.

Mardochée, incarnation et archétype du Juif de l´exil, refuse de "plier le genou" devant le favori du roi, parce que le prix à payer serait la renonciation à son être profond.

La question est posée "Comment rester soi-même et ne pas accepter de se soumettre à une volonté extérieure qui prétend nous changer ?"

Mardochée n'a pas le choix parce que le Bien ne peut être qu´absolu et qu´en revanche, s´incliner devant le Mal serait composer avec lui.

Assuérus représente le pouvoir amorphe, "la Neutralité" disposée à  entériner n´importe quelle solution. Il peut aussi symboliser Dieu lui-même qui laisse aux hommes leur libre-arbitre.

Esther est une femme qui incarne le peuple juif, que les mystiques appelleront plus tard "la communauté d´Israël" soit l´ensemble des âmes juives qui constituent l´épouse de la Divinité.

Une femme juive, parce qu´entre autres, la femme est le pilier du foyer, qui veille sur la maison, sur le Temple ou le Monde, et "veiller", cela signifie agir sur la "neutralité" et faire pencher la balance vers le Bien.

Comme la tentation de la neutralité est forte ! Qu´il serait doux d´oublier qui on est et se fondre dans un anonymat protecteur de toutes haines viscérales et effrayantes.

Comme la tentation est forte de renoncer au combat et de vivre une vie toute simple faite des plaisirs de tout un chacun !

Esther a connu cette faiblesse, celle de la neutralité et de la passivité.

En quelque sorte, à la question posée par Dieu à Adam - "Où es-tu ?" -, elle aussi, est tentée par le désir de se cacher pour ne pas endosser la responsabilité qui consiste à s´affirmer comme un être de conscience.

Mais y a-t-il un seul lieu au monde où nous pouvons nous cacher de nous-mêmes ? Et Mardochée de lui dire qu´elle s´illusionne sur sa sécurité si elle croit échapper à la mort en cachant ses origines, juste parce qu´elle est arrivée dans les sphères du pouvoir.

Combien parmi notre peuple sont aussi tentés par une vie de normalité qui étouffe en eux l´étincelle juive ?

Plus fort que la volonté de la reine Esther, Mardochée lui dit : "Qui sait si ce n´est pas pour sauver ton peuple que tu es arrivée si près du roi !"

Mais alors, Israël ne sera-t-il jamais un peuple comme un autre ? Et Israël, comme Etat, doit-il normaliser son destin ? Qu'est-ce à dire ?

Selon la Tradition juive, chaque peuple de toutes les nations est traversé par une couleur qui lui est propre, et la fin des temps verra l´ensemble des nations affirmer avec Israël l´Unicité de Dieu.

La particularité juive à laquelle Israël ne peut échapper, c´est porter témoignage de cette transcendance divine, que le miracle d´un Israël qui a traversé les tempêtes de l´histoire, vient étayer.

Répondre qu´il faut prendre des risques pour assumer sa différence n´est pas une réponse simple, ni pour les hommes ni pour l´Etat d´Israël.

Reconnaître une spécificité juive et accepter la mission particulière qui nous est dévolue, tout en réaffirmant avec force que l´Amour et la Fraternité sont des valeurs universelles qui nous attachent à tous les peuples, n´est pas facile à vivre pour certains d´entre nous, ni à entendre pour d´autres peuples, ravis de trouver là l´argument antisémite d´une "élection" qui, selon eux, consiste en une supériorité raciale au-dessus des autres peuples.

Non, cette spécificité n´a jamais été une supériorité, mais une responsabilité de rester nous-mêmes, quoi qu´il nous en coûte.

Esther qui hésite et se cache n´est-elle pas la figure du peuple juif en exil ?

Esther qui assume les risques, n'est-ce pas Israël qui peut décider de son destin ?

Curieux, parce que, dans le Temple, pour lire l´histoire d´Esther, l´Officiant commence par dérouler sur l´estrade tout le parchemin où se "dévoile" la trame de l´histoire et la victoire du Bien sur le Mal.

Ce rite particulier n´est pas anodin, car le verbe "dérouler" en hébreu est proche du verbe "dévoiler" et le déroulement de l´histoire est en fait, un dévoilement du Nom qui cache sa face pour que nous nous mettions en marche vers Lui.

Se pencher sur les mots et les noms en hébreu est un peu comme éclairer nos pas sur un chemin difficile, mais c´est un chemin de sagesse et il est le mien.

Esther s´appelait Hadassah et c´est en arrivant au palais qu´elle a changé de nom… comme on change d´identité.

Elle est devenue Esther, qui signifie "Etoile", en persan (Asteros en grec), ce qui correspond aussi à Stella.

Or Esther, en hébreu, veut dire "Caché". Le livre d´Esther qui relate l´exil est celui de l´occultation du Nom de Dieu qui n´apparaît pas une seule fois dans le texte, mais il n´est pas le livre de Son absence au seul fait que Son intervention ne s´habille pas dans des miracles visibles au-dessus des lois de la nature.

Dans l´exil, la présence divine est moins évidente à percevoir, mais elle est là, dans les signes de la vie, et aussi dans les détails de cette histoire qui nous promet la victoire des forces du Bien sur les forces du Mal.

Lorsque Moise dit "Je cacherais ma face" (haster hastir), il écrit l´histoire de l´exil de tous les temps et il écrit le nom d´Esther. Il écrit aussi que, si Dieu cache sa face et occulte Son nom, la fin des temps sera à l´image du déroulement du parchemin, où l´histoire qui se dévoile est la manifestation visible de Dieu.

Un temps où le nom Esther, qui a une assonance avec la racine grecque dont dérive le mot Mystère, sera, au contraire, celui d´une pleine conscience de Sa présence ; un temps où les masques tomberont, où la joie remplacera les larmes, et où la vraie vie, qui est partage et amour, remplacera la mort, la solitude et la haine.

Comme pour appeler de toutes nos forces ce temps à venir, nous fêtons Pourim dans la joie et le partage, notamment des cadeaux que chaque foyer juif offre autour de lui ; nous nous déguisons et nous rions, certains que le Nom de Dieu se révélera dans toute sa splendeur, pour le bonheur de toute l´humanité.  


© Rachel Franco

Je n´aurais pu écrire ce texte sans l´aide du livre, Le chandelier d´or, de Josy Eisenberg et Adin Steinsaltz, dont j´ai repris très largement les réflexions et auquel j´ai apporté un regard personnel, préoccupé par une haine antisémite galopante.

 

Par voline
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Mercredi 18 février 2009

…”Je crois au réveil (quelque peu tardif…) du peuple juif en Israël. S’il avait entendu la sonnerie plus tôt, il n’y aurait peut-être pas eu de shoah. Mon grand-père (dont je porte le nom) aurait eu le temps de danser une dernière valse avec ma grand-mère sur les rives du fleuve Hayarkon…Je suis sioniste.

L’hébreu est ma langue naturelle, celle dans laquelle je prie D., celle aussi dans laquelle j’insulte ce chauffard imprudent au feu rouge. Le légumier, ou encore l’automobiliste cherchant son chemin m’interpellent “mon frère…”. C’est vrai, je suis leur frère. La Bible, ce n’est pas seulement mon histoire, c’est aussi ma géographie: Le roi Saul a cherché les ânesses de son père sur la départementale 443. Jonas, le prophète, a pris la fuite par le port de Jaffa a quelque pas du restaurant de Margareth Tayar. C’est sur l’une des terrasses de Jerusalem (qui appartient à un oligarque russe) que le roi David espionnait Bat Sheva. Je suis sioniste.

La première fois que j’ai vu mon fils en uniforme de Tsahal, j’ai explosé en sanglots. Depuis au moins 20 ans, je ne rate plus les célébrations de l’Indépendance. Et si mon plasma est coréen, il a appris à vibrer pour la « nivheret » (la sélection israélienne de football). Je suis sioniste.

Je crois en nos droits sur cette terre. Ces gens pourchassés, opprimés ont le droit a leur nation, avec un F16 en prime. Je condamne avec fermeté l’antisémitisme de Londres à Bombay. Et pourtant, mes frères juifs, vivant en Diaspora, n’ont pas compris une chose élémentaire sur ce monde, Israel ne s’est pas construite dans le but de faire disparaitre l’antisémitisme, mais pour ne plus avoir à rendre compte à quiconque. Je suis sioniste.

En 1982, on m’a tire dessus au Liban. Une roquette m’a rate de quelques mètres à Kyriat Shmone. Des Scuds sont tombés à coté de chez moi pendant la guerre du Golfe. J’étais à Sderot lorsque la sirène “Tseva Adom” a retenti. Des terroristes kamikazes ont explosés non loin de la maison de mes parents. Mes enfants ont connus l’abri avant meme qu’ils ne puissent prononcer leur nom, blottis dans les bras de leur grand-mère venue de Pologne pour échapper à la mort. Et malgré tout, j’éprouve un profond sentiment de chance de vivre ici, je ne me sens vraiment bien dans aucun autre endroit. Je suis sioniste.

Je crois au principe que tout citoyen vivant en Israël doit servir son pays, payer ses impôts, voter et connaitre au moins une chanson de Shalom Hanor…

Je pense que l’Etat d’Israel n’est pas seulement un pays mais une idée, un concept. J’ai foi en trois nouveaux commandements gravés sur le mur du musée du mémorial de l’Holocauste à Washington: « …tu ne pacteras pas avec le mal, tu ne te défileras pas, tu ne te porteras plus en victime…”. Je suis sioniste.

J’ai contemplé la chapelle Sixtine au Vatican, j’ai même acheté des souvenirs devant Notre-Dame à Paris. J’ai contemplé en extase Bouddha au palais du roi à Bangkok. Mais Tel Aviv reste la ville la plus amusante, la Mer Rouge plus bleue, les tunnels derrière le Kotel plus émouvants. C’est vrai, je ne suis pas objectif. Mais je ne suis pas non plus objectif vis-à-vis de ma femme et mes enfants. Je suis sioniste.

Je suis un homme moderne qui vit pleinement son passé. Je fais partie d’un peuple qui compte: Moise, Jésus, Maimonide, Freud, Marx, Einstein, Woody Allen, Bobby Fisher, Bob Dylan, Franz Kafka, Herzl et Ben Gurion. Je fais partie d’une toute petite minorité oppressée depuis la nuit des temps et qui a pourtant influencé l’humanité plus que n’importe quel autre peuple au monde. Pendant que les autres ont investis toute leur énergie dans le feu et le sang, nous avons eu l’intelligence d’investir dans l’intelligence. Je suis sioniste.

Je regarde autour de moi et je suis fier. Je vis mieux qu’1 milliard d’indous, 1.3 milliard de chinois, que toute l’Afrique réunie, 250 millions d’indonésiens, que les thaïlandais, les philippins, les russes, que les ukrainiens, et que tout le monde musulman (sauf peut-être le Sultan de Brunei). Je vis dans un pays ou les frontières sont quasiment fermées, sans aucune ressource énergétique. Et pourtant, les feux aux intersections fonctionnent sans arrêt, les ordinateurs sont connectés à Internet à haut débit, et si je t’oublie, O Jérusalem, que ma main droite se dessèche… Je suis sioniste.

Le sionisme m’est naturel comme il m’est naturel d’être fils, papa ou mari. Certains se disent représentants du vrai sionisme, ils me font bien rire. Le sionisme ne se mesure pas à la taille de ta kippa, du quartier dans lequel tu vis ou encore pour quel parti tu votes. Mon sionisme, il est né bien avant moi, quelque part au cœur des rues enneigées de Budapest. Il a pris racine la ou mon père était occupé à comprendre pourquoi le monde lui en voulait tellement. Je suis sioniste.

Je compatis a la mort de chaque victime innocente car moi aussi je fus jadis une victime innocente. Je n’ai aucune envie ou volonté d’adopter les principes moraux de mes ennemis. Je ne veux pas leur ressembler. Je ne pointe jamais mon glaive, je le tiens tout simplement près de moi au cas où…. Je suis sioniste.

Je ne porte pas simplement l’héritage de mes pères, je suis responsable du devenir de mes enfants. Nos pères ont créés ce pays dans des circonstances quasi impossibles pourtant ils ne se sont pas contentés de survivre. Ils ont fondés un pays basé sur des valeurs humaines et morales. Ils étaient prêts à mourir pour elles. Moi, je m’efforce de vivre pour celles-ci.”
Yair Lapid

Par voline - Publié dans : Fondements
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Vendredi 13 février 2009
En minimisant la montée, en Belgique, de l’islamisme et de l’antisémitisme, une certaine gauche prépare sa défaite. Morale et électorale.

J’ai toujours défendu la cause palestinienne. Mais sans œillères. Ce n’est, hélas, pas le cas d’une partie de la gauche, spécialiste de l’indignation sélective. Cette gauche-là a fermé les yeux, les 31 décembre et 11 janvier derniers, sur les nombreux dérapages islamistes et antisémites qui se sont produits lors des manifestations de soutien à la Palestine. L’horreur des actions de destruction massive menées par l’armée israélienne à Gaza - que j’ai dénoncé - ne justifie pas les silences de certains progressistes.

La plupart des progressistes n’ont rien dit lorsque, le 31 décembre, la déléguée de la Palestine à Bruxelles, Leïla Shahid, a été chahutée par des musulmans réactionnaires, la traitant d’"occidentalisée". Ils n’ont rien dit lorsque, le 11 janvier, des groupes bien encadrés ont donné au grand défilé pro-palestinien, une tonalité trop souvent pro-Hamas et intégriste. Ils n’ont rien dit face aux dizaines de pancartes nazifiant l’étoile de David. Ils n’ont rien dit, pendant des années, lorsque les roquettes du Hamas s’abattaient sur Israël. Ils n’ont rien dit quand l’Iran des "fous de Dieu" instrumentalisait la juste cause palestinienne. Ils n’ont rien dit quand le Hamas, soucieux de créer un vrai Etat islamiste, reléguait dans l’ombre les femmes de Gaza. Ils n’ont rien dit lorsque le Hamas assassinait les opposants palestiniens à sa ligne islamiste. Ils n’ont rien dit lorsque Dieudonné, l’ami de Jean-Marie Le Pen, proférait des injures antisémites contre l’animateur-humoriste, Arthur. Ils ne disent toujours rien quand, aujourd’hui, les spectacles de ce même Arthur sont perturbés par des manifestants anti-israéliens. Ils n’ont pas davantage protesté lorsque, il y a deux semaines, la direction de La Cambre et du Centre international pour la ville, l’architecture et le paysage (CIVA), ont déprogrammé, moins d’un mois avant son inauguration, l’exposition "La Ville blanche, le mouvement moderne à Tel-Aviv". Une véritable censure, apparemment "justifiée" par le soutien à cet exposition, de l’Ambassade d’Israël. La gauche s’est tue dans toutes les langues. La censure à La Cambre ? Un "incident mineur", une "péripétie", a écrit sur son blog l’intellectuel "rouge-vert", Henri Goldman.

Pourquoi ce comportement étonnant d’une partie de la gauche ? Les motivations sont diverses. Il y a, d’une part, l’aveuglement de ceux qui idéalisent tous les combattants palestiniens - y compris ceux du Hamas - face aux "bouchers" israéliens. Il y a, d’autre part, le clientélisme de ceux qui ne sont pas vraiment dupes mais, à l’approche des élections, souhaitent capter le vote de la population d’origine arabo-musulmane. Pour cela, tous les moyens sont bons. A commencer par l’indignation sélective, érigée au rang de sport national par certains leaders de gauche. Ceux-ci n’hésitent pas à diaboliser ceux qui ne marchent pas en rangs serrés derrière eux dans les manifestations. Et tant pis si, au sein de celles-ci, s’agitent un peu trop de drapeaux du Hamas.

La gauche qui renonce à ses valeurs se prépare à une dure défaite, morale et électorale. Cette gauche se couche devant une réalité qui la gêne et qu’elle fait semblant de ne pas voir : la montée, en Belgique, de l’islamisme et de l’antisémitisme. Le simple fait d’écrire cette phrase suffit à être traité d’"islamophobe" par certains intellectuels de gauche. Il est plus que temps de se ressaisir. Il n’est évidemment pas incompatible d’être à la fois pro-palestinien - c’est mon cas - et de s’inquiéter du discours dangereux de certains défenseurs de la cause palestinienne.

Refuser de banaliser le Hamas - une sorte de Vlaams Belang palestinien - devrait être la règle commune à tous les démocrates. Trop d’intellectuels de gauche se contentent de condamner hâtivement le Hamas au détour d’une phrase, puis passent à ce qui constitue leur fond de commerce : la dénonciation unilatérale des crimes de guerre de l’Etat d’Israël. Moralement, cet unilatéralisme n’est pas acceptable. Dénoncer la montée des comportements d’extrême droite en Israël n’implique évidemment pas de minimiser, voire de nier, la montée de ces mêmes comportements d’extrême droite chez certains (pro) palestiniens. Electoralement, la complaisance d’une partie de la gauche par rapport au prosélytisme de certains musulmans anti-progressistes - sous prétexte qu’ils sont pro-palestiniens - pourrait s’avérer contre productive. C’est peu dire, en effet que la base historique de la gauche est désorientée par l’attitude de ses dirigeants qui s’interdisent toute critique du cléricalisme musulman réactionnaire. Faut-il que la gauche soit en plein désarroi idéologique, pour en arriver à un tel contresens : ménager, par clientélisme, des ennemis de la démocratie, voire estimer qu’ils sont, après tout, présentables, puisqu’ils détestent l’ennemi commun, l’Etat d’Israël !

Faible dans sa réplique économique face à la crise du libéralisme, la gauche peine également à débattre sereinement d’autres questions : le soutien à la Palestine justifie-t-il de ménager le Hamas ? Quelle attitude adopter face au cléricalisme musulman ? Son prosélytisme met-il en danger les valeurs de la gauche et de tous les démorates ? Sur ces sujets, la gauche bien-pensante impose son politiquement correct. Ceux qui n’adhèrent pas à la "ligne" sont priés de se taire, sous peine de diabolisation. Il est urgent de soulever cette chape de plomb.

Claude DEMELENNE  © La Libre Belgique  Contact : lalibre@saipm.com

Par voline
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